Introduction

"J'étais un trésor caché, j'ai voulu Me faire connaître et J'ai créé le monde"

(Hadith Qodsi)
Il y a en islam deux niveaux à atteindre avant de prétendre accéder à celui du soufisme ou maqâm al Ihssan à savoir Al Islam et ses cinq piliers (Eshahadâ/attestation de l'unicité d'Allah, Essâlâ; c'est à dire la prière comme elle est prescrite dans la sounna, Essayâm/le jeune obligatoire; prescrit dans le coran, Ezzakât ou l'impôt à ne pas confondre avec l'aumône et enfin Hadj El Baït al Haram/ou le pèlerinage à la maison sacrée d'Allah). Ce que tout bon musulman est censé connaître puis il y a Al Imane ou la foi comme l'énonce le fameux Hadith rapporté par le Khalif Sidna Omar qu'Allah l'agrée et qui précise que nous devons croire en tout les prophètes comme étant tous des envoyés d'Allah et ceci sous-entend que les dernières prescriptions à suivre sont celles rapportées par le sceau de la prophétie Sidna Mohamed que la bénédiction d'Allah soit sur lui et ses compagnons. Le croyant doit en signe de soumission accepter son destin quel qu'il soit.
Bismillah

Définition

Le soufisme ou encore tassaouf est la science qui se communique de maître à disciple ou encore mieux al' ilme al mahoube la connaissance que communique Allah à ses élus par grâce mais aussi par purification et ascèse. Nous verrons que les deux voies ne sont pas incompatibles.

(Les définitions classiques ainsi que l'étymologie du terme regorgent dans les ouvrages spécialisés, nous avons préféré choisir une définition vécue à partir d'une expérience aussi modeste soit-elle puisque les voies qui mènent au Seigneur sont aussi nombreuses que les âmes qui sont à sa recherche!)

Histoire

Le soufisme remonte bien sûr au premier temps de l'Islam contrairement à ce que voudraient prouver ses détracteurs; si le terme paraît postérieur à la période prophétique comme d'ailleurs l'est toute la terminologie innovée par les écoles de jurisprudence, la racine du terme comme celle de son contenu ou "loubbe" est intrinsèque à la révélation. Malheureusement beaucoup de mal-intentionnés ont voulu exploiter cette problématique pour des raisons idéologiques ou tout simplement polémiques pour prouver que le tassaouf se distingue de la chariâ (loi) voir même en contradiction avec cette dernière; ceci est bien entendu complètement erroné comme l'ont démontré les plus grands maîtres.

Si tout conducteur de véhicule est censé avoir passé les épreuves théoriques et pratiques pour l'obtention de son permis de conduire, il en est de même pour tout conducteur d'âmes qu'il le soit pour lui-même ou pour tout autre que lui, il ne saurait enfreindre la loi sous peine de sanctions ou tout simplement pour des raisons de sécurité. Il faut donc s'attacher à la lettre non pas pour s'en détacher comme le veulent certains mais pour réaliser la Lettre et par conséquent se Réaliser (tout oiseau digne de ce nom ne peut voler amputé d'une aile).

"Adorez Dieu comme si vous le voyiez car si vous ne le percevez pas, certes Lui vous voit"

Si le tassaouf était disons 'présent-inaperçu' au temps de la révélation puisque phénomène normal, il apparaîtra en évidence beaucoup plus dans la période qui suivra comme un réactif signale la présence d'une solution chimique, ce réactif n'étant autre que le développement disproportionné que fut le fiqh et ses ramifications par rapport à l'Ihssan ou l'Esprit de la Lettre.

Il était donc normal et juste que l'Histoire rétablisse l'équilibre par un phénomène d'auto régulation ; de même en va-t-il lorsqu'il y a excès de zèle ceci engendre automatiquement une réaction qui engendre l'apparition de grands rénovateurs pour ne citer que les plus récents, tel que Al Arbi Derkaoui, Mahdi Erraouass, Ahmed Ben Alioua...

Actuellement certains tenteront de mettre l'accent beaucoup plus sur le Jihade dans son sens le plus large qui va du jihade ennefsse ou le combat intérieur à celui du jihade comme il est craint par certains, en passant par le combat politico-social pour l'instauration d'une société plus juste, donc plus près du juste milieu. Et c'est là que le Hijab dont parlent les amis d'Allah fait son apparition quand ils énoncent que le saint contemporain et même parfois sa compagnie est un voile : Ibn Atta Illah disait "peut être une extériorisation cache-t-elle une intériorisation ? De même qu'une intériorisation cache-t-elle une extériorisation ? Ne soit l'esclave ni de l'une ni de l'autre mais soit l'esclave d'Allah".

El Ouarith Al Mohamadi comme le signale le grand maître Ibn Al Arabi apparaît parfois à travers l'histoire musulmane sous l'aspect de l'épée ? Son sabre étant son propre voile !

Aujourd'hui de nouveau le soufisme est projeté au devant de la scène par deux intrus : l'un légitime et intrinsèque à l'islam puisque l'embrassant dans sa totalité, l'autre prêché et manipulé par des mains douteuses pour servir de parade contre toute tentative de rénover la société devenue de plus en plus laïque. C'est le soufisme passif et non l'actif que l'on apprécie le plus dans ces milieux car il ne dérange pas trop nos habitudes ! Il est docile et de plus c'est un sacré artiste qui cohabite avec l'artiste profane pour ne pas dire illégitime !

De même que l'on sait utiliser et apprécier à bon escient les services gratuits du pauvre Salafisme haï par le passé quand il s'agit de faire taire un pauvre soufi voulant sortir de sa caverne ! Nos soi-disant prédicateurs devraient occuper beaucoup plus "leurs plumes" ou ce qu'il en reste de cette nouvelle "bidaa" (leur oiseau de proie) qu'est le laïcisme, le nouvel opium des peuples propagé grâce à l'appui et la logistique du faux Qôtbe ou Antéchrist.

Bref celui qu'Allah guide ne peut être trompé; ne croiront que ceux qui veulent bien croire ou ceux qui font semblant ! Nous ne sommes pas de ceux qui disent ce qui est à Dieu est à Dieu et ce qui est à César est à César ! L'empire de Dieu est au ciel et sur terre, n'en déplaise à ceux qui veulent travestir le soufisme qu'il le fasse dans un but électoral ou que ce soit par le biais de la géopolitique hégémonique...

Les grandes confréries

Tout le monde sait aujourd'hui que l'orientalisme a précédé et accompagné la période coloniale. Le but n'a pas toujours été une pure investigation scientifique ! Le soufisme n'a pas fait exception à la règle ; bien au contraire c'est une matière que l'on a bien exploitée et que l'on continue à exploiter pour les raisons que nous avons exposées plus haut.

Quand il s'est agi de faire l'historique des grandes écoles celles qui ont fait l'unanimité du monde musulman pour ne citer que la tarika Kadiria dont le fondateur Abdel Kader Jilani qui fut le Pôle de son temps; Voir le témoignage d'une autorité comme celle du grand Ibn Arabi ou encore celle d'une grande autorité salafite Ibn Taymia.

Nous disions donc les orientalistes et même certains nouveaux convertis ont préféré mettre en relief ce qu'ils appellent les Marabouts; et leurs références furent les dictons et anecdotes populaires. Pour puiser dans la littérature spéculative, leur choix fut porté sur les soufis contestés comme El Hallage qui malgré son haut degré spirituel, n'a point dépassé le stade de l'ivresse que les soufis appellent "Maquam Essoukre".

On n'a ménagé aucun effort pour ressortir tous les propos soufis quand on ne les a pas isolés volontairement de leur contexte général pour maintenir le quiproquo sur une éventuelle contradiction entre la Sharia et la Haquiqua ou Ihssan. C'était une porte que l'on essayait d'ouvrir pour préparer la place aux nouveaux apôtres du syncrétisme ; la nouvelle religion du siècle prônant une soi-disant tolérance qui sera reprise dans les milieux politico-idéologiques.

Nous retiendrons que les confréries ou zaouias d'une manière générale n'ont comme ambition principale que d'aider ceux qui avaient l'ardent désir de perfectionner le troisième degré de l'Islam ou El Ihssane. Nous ne nions pas qu'elles jouèrent d'autres rôles, parfois politiques ou souvent sociales, elles n'ont pas à s'en défendre puisque rien ne l'interdit en Islam. Si aujourd'hui les associations jouent ce rôle, pourquoi en faire le reproche à ceux qui les ont précédés ?

Les zaouias ou confréries continuent à contribuer au rayonnement culturel, social, et politique des masses et des élites comme au passé, pourquoi donc vouloir nier une évidence sous prétexte qu'elles furent à l'origine de notre décadence ! Ne serait-ce pas plutôt la perte de temps dans les cafés des heures interminables à lire la politique politicienne ou dans les cyber cafés à la recherche des sites marécageux qui sont la cause de notre misère intellectuelle et morale ?

Bref, nous pourrions citer par dizaines les causes de notre sous développement et répertorier le véritable opium des peuples (Le pain et le cirque comme disait l'empereur Néron), on a remplacé Dieu par des dieux. Revenons à nos écoles celles qui ont forgé des Hommes qui ont rappelé à l'humanité oisive que ce monde est éphémère et que tout périra, hormis la face d'Allah.

L'école Kadiria : fondateur Abdelkader Jilani
L'école Rifaîa : fondateur Ahmed Rifaî
L'école Shadilia : fondateur Abou Hassan Shadili, élève du Pôle Abdessalam ibn Machich dont découlera la grande confrérie Darkaouia
L'école Tidjania : à laquelle on doit l'islamisation d'une grande partie de l'Afrique noire
L'école Mawlaouia : dont le berceau est en Turquie

La Doctrine

Nous essayerons d'être le plus bref possible car à notre avis l'essentiel de la réussite est la sincérité : celui dont le début est illuminé, sa fin sera illuminée "les actes ne valent que par leurs intentions......" Notre prophète Sidna Mohamed ne fut-il pas l'exemple même de la sincérité et Abou Bakr ne fut-il pas son compagnon et héritier uniquement parce qu'il partageait avec lui cette qualité !

La science qu'acquiert par la suite le mouride ou novice n'est qu'une conséquence de sa sincérité, ensuite de son assiduité "si dans vos cœurs réside un bien ; Allah vous offrira Le Bien" ou pour revenir à la méthode du soulouk donc celle de l'effort "Agissez selon ce qu'il vous a été proscrit et Allah vous instruira sur ce que vous ignorez"

Le tassaouf est cette métamorphose du cœur qui a sa Raison que la raison ne connaît pas et qui faisait dire au prophète d'Allah que la bénédiction d'Allah soit sur lui et ses compagnons "Cet Homme en parlant d'Abou Bakr ne vous a devancé ni par excès de prières ou de jeûne mais parce qui s'est produit en son cœur !"

Cette métamorphose peut être soudaine chez certaines personnes comme ce fut le cas de Harrak pour ne citer que cet exemple ; il lui suffira de rencontrer son maître moulay Arbi Darkaoui pour qu'il obtienne l'illumination que les soufis appellent "Al Fath" (lorsque étonné des anciens disciples qui n'avaient point atteint l'ouverture posèrent la question au Cheikh Darkaoui, celui-ci répliquera ; Harrak est venu à nous sa mèche imbibée d'huile il suffisait de l'allumer ; Sous-entendant par là que les autres devaient encore polir leur cœur pour que les vérités s'y reflètent.)

Nous avons ici un exemple concret des deux méthodes, le djedb et le soulouk ; Ou pour parler en jargon bien français la grâce et la purification ; la voie du soulouk qui est bien entendu la plus commune, le novice doit fournir l'effort constant et ardu pour passer de station à station c'est la méthode ghazalienne qui sera la voie suivie par Ahmed ben Ajiba qui fut lui aussi disciple du maître de Harrak.

Signalons que tous les maîtres bien entendu après qu'ils conseillent à leurs disciples la stricte obéissance aux principes de la sharia ; Les aident à concentrer leurs facultés sur la répétition sans fin de la formule "Point de divinité si ce n'est Allah" afin de ne point disperser leur esprit dans des spéculations infécondes qui risquent de les éloigner de l'état originel auquel ils aspirent retourner à savoir "lorsque nous étions lumière et qu'Allah interrogea la progéniture d'Adam ; Ne suis-je point votre seigneur ? (Coran)

Tous les assoiffés d'Allah cherchent à revenir à ce point de départ et c'est pour cela que leur enseignement est basé avant tout chose sur le dikre qui lui-même ne veut rien dire d'autre que la remémorisation ! Arrivé à cette station le disciple comme une abeille qui suce le nectar qu'elle cherchait, cesse de bourdonner. Jounaîde le grand maître disait "le débutant ne peut comprendre ceci et l'accompli se passe de commentaires". Celui qui voit n'est point celui qui croit. Est-ce que la lumière est à comparer avec l'obscurité ? (L'obscurité n'a point d'existence elle n'est que l'absence de lumière).

Hallage que la paix d'Allah soit sur lui disait : "Quiconque, recherchant Dieu, prend la raison pour guide Dieu l'égare dans les champs de la perplexité et le laisse s'y agiter. C'est alors que l'illusion se mêle à l'intime de son cœur Et qu'il se demande, perplexe Existe-t-il ?"

On comprend mieux pourquoi le grand khalife Omar que la bénédiction d'Allah soit sur lui s'exclama "O ! Allah offrez-nous la foi des humbles."

Nous arrêterons sur cette prière du compagnon dont les dires furent très souvent en parfait accord avec la révélation et dont le prophète disait "La Vérité s'exprime par la bouche de Omar".

Nous tenons à signaler au passage que beaucoup de critiques ont été faites à propos de ce qu'appellent certains le culte de la personnalité chez les soufis. Ceux qui émettent une telle objection sont de deux catégories : l'une sincère mais ignorante de la doctrine soufie ; s'ils avaient pris la peine de l'étudier ils sauraient que l'attitude du soufi est avant tout tournée vers son Créateur et que le jugement des créatures ne l'incombe pas, bien au contraire c'est un voile qui dissimule sa sainteté car pour lui la compagnie de ses semblables est une épreuve qu'il doit dépasser.

Aussi contradictoire que cela puisse paraître le saint est un solitaire même quand les apparences prouvent qu'il jouit d'une certaine popularité ! À ce propos nous citerons l'histoire de ce roi qui s'arrêta peu de temps après la mort de Aba Yazide devant le mausolée de ce dernier et questionna si quelqu'un avait retenu une belle parole du saint ; un vénérable vieillard se présenta et dit au roi, un jour Bayazid entra en extase et nous annonça : celui qui m'a vu sera épargné du feu de l'enfer ! Le roi qui était un fin fakih répliqua, et pour qui se prend-il ton Bayazid pour prétendre à une telle affirmation alors que Abou Lahhab a vu le Prophète d'Allah et qu'il est en enfer ! Alors le vieillard répondit parce que sir Abou Lahhab n'a vu en Mohamed que l'orphelin de Abi Talib et non Mohamed le messager d'Allah !

"Et tu verras qu'ils te regardent sans te percevoir" (Coran)

Regarder avec les yeux, percevoir avec le cœur mais voir avec les deux. La deuxième attitude négative et de loin la moins pardonnable est celle "des gens du monde" pour ne pas dire de mauvaise foi ! On accepte les honneurs pour les grands de ce monde même lorsqu'ils sont provoqués et on les refuse pour les amis d'Allah sous prétexte que ce sont des ascètes ? Ce n'est certainement pas Abdessalam Ibn Machich qui a demandé de force qu'on vienne par milliers se recueillir près de sa tombe ! Les hommes ne l'ont aimé que de par sa proximité d'Allah.

L'ascétisme n'est point ne rien posséder ; l'ascétisme c'est n'être possédé par rien. Le soufi ne demande qu'à être déchargé d'un tel fardeau ! Ce ne sont pas les gens du dahire à donner des leçons à ceux pour qui le monde ne peut prendre de valeur que lorsqu'il est au diapason du Créateur.

L'Islam a existé et continuera d'exister malgré les mutants. C'est lorsque le corps est bien fatigué que les virus sont "maîtres" et qu'ils dévient son système immunitaire à leurs profits ; eux les intrus. Lorsque la oumma reprendra ses forces les corps étrangers disparaîtront comme ils sont apparus ; car ce sont des mirages ; des déracinés, et qu'ils seront rejetés comme tout corps étranger à moins qu'ils se reconvertissent à la foi de leurs aïeux et à celle de l'avenir...

"C'est lui qui a envoyé son Prophète avec la direction et la véritable Religion pour la faire prévaloir sur toute religion. Allah suffit comme témoin. Mohamed est le Prophète d'Allah. Ses compagnons sont inflexibles envers les impies et compatissants entre eux. Tu les vois inclinés, prosternés, recherchant la grâce d'Allah et sa satisfaction. On les reconnaît grâce aux traces de leurs prosternations sur leurs fronts. Telle est leurs signes dans la Tora et dans l'évangile : ils sont semblables au grain qui pousse, devient robuste, puis grossit, il se dresse sur sa tige. Le semeur est saisi d'admiration et les incrédules en sont courroucés. Allah a promis à ceux d'entre eux qui croient et qui accomplissent de bonnes actions un pardon et une récompense sans limites."

(Coran, sourate La Victoire ou El Fath)

"Celui qui Me cherche Me trouve. Celui qui Me trouve, Me connaît. Celui qui Me connaît, M'aime. Celui qui M'aime Je l'aime. Celui que J'aime Je le tue. Celui que Je tue, c'est à moi de le racheter. Celui que je dois racheter, c'est Moi qui suis sa Rançon."

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